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Homélie du Père Philippe

Publié le 19 Septembre 2016 par Un Oeil Sur Villemur

Fête de Villemur

Vingt cinquième dimanche C – 18 septembre 2016

 

Homélie : Nul plus que le prophète Amos ne s'est fait l'interprète de la conscience morale de son temps. Il s'attaque fermement aux désordres et aux inégalités qui de plus exploitent les pauvres 'Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances. Nous pourrons acheter le faible pour un peu d'argent, le malheureux pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu'aux déchets du froment'. Cet exploitation des petits se fait à cause de la malhonnêteté de marchands peu scrupuleux. Cet exemple vaut encore aujourd'hui mais à une échelle jamais égalée. Jésus reprend les récriminations d'Amos à travers la parabole du gérant malhonnête. On ne manque pas aujourd'hui d'exemple de dirigeants cherchant à se mettre des collaborateurs dans la poche en les compromettant dans leurs affaires crapuleuses. La relation que nous entretenons avec l'argent, et plus largement avec les biens, est lourde de conséquences. Elle oriente notre vie et elle interfère dans nos relations aux autres. Le besoin désordonné de posséder pourrit le cœur de l'homme et l'entraîne loin de l'amour et de la vérité. Jésus indique que nous ne pouvons pas servir Dieu et l'argent. Il n'oppose pas Dieu et l'avoir comme s'il s'agissait de valeurs à mettre sur le même pied. Dieu veut le salut de tous les hommes. Aux riches comme aux pauvres, il indique le chemin du Royaume, le juste usage des biens qu'il nous donne. Qui voulons-nous vraiment servir ? Laissons-nous interpeller par le Christ. Sommes-nous aussi ingénieux et inventifs pour le Royaume de Dieu que dans la conduite de nos affaires temporelles ? A chacun de découvrir comment il peut être 'habile' et compétent pour le Royaume de Dieu. Le gérant malhonnête n'est pas félicité pour sa malhonnêteté mais pour son habileté. Les fils de lumière sont invité à ce que l'argent serve au bien de tous. François d'Assise a été respecteux envers la hiérarchie de l’Église mais son genre de vie était un reproche vivant pour le luxe où vivaient beaucoup de dignitaires religieux. En fait c'est à un nouveau regard que le Christ nous invite et qui demeure aujourd'hui encore d'une extrême importance. L'amour des pauvres est au cœur de l'Evangile. Terre, logement, travail sont  des droits sacrés. C'est bien ce que la doctrine sociale de l’Église s'efforce de promouvoir avec force, en particulier depuis l'industrialisation et les propos très forts du pape Léon XIII. L'homme est le gérant de la terre. Dieu lui a confié la charge de la cultiver et de la protéger. On voit aujourd'hui la désertification des campagnes, la spéculation sur les terrains, la déforestation, l'appropriation de l'eau : ce sont des maux qui arrachent l'homme à sa terre natale. Nous connaissons aujourd'hui l'importance de protéger et de sauvegarder notre maison commune. Mais combien de dirigeants et de spéculateurs n'ont que faire de ces mises en garde. La faim est aussi un scandale de notre temps. Lorsque la spéculation financière conditionne le prix des aliments en les traitant comme une marchandise quelconque, des millions de personnes souffrent et meurent de faim. Et cela explique un certain nombre de migrations. L'alimentation est un droit inaliénable. La réforme agraire devient non seulement une nécessité politique, mais une obligation morale. Des efforts sont déjà entrepris dans l'économie solidaire et pour une agriculture raisonnée capable de nourrir les populations les plus pauvres. Mais il reste encore beaucoup à faire. Le logement est un autre sujet brulant. En France l'association Emmaüs ne cesse de mettre en lumière cette question. Famille et logement vont de pair. Nous vivons aujourd'hui dans de grandes villes qui cachent de multiples disparités. Une personne isolée, marginalisée, souffrant de la pauvreté et de la faim est souvent une personne 'sans domicile fixe', expression élégante qui cache tant de souffrances et d'inégalités. Lorsque quelqu'un n'a plus de lieu de vie, il est exclus par le fait même de la société. Bien sûr et heureusement, il existe des associations et des personnes qui se préoccupent de ces questions mais sommes-nous suffisamment investis pour faire en sorte que chacun puisse vivre une vie digne et humaine. Enfin il n'existe pas de pire pauvreté matérielle que celle qui ne permet pas de gagner de quoi manger et d'être privé de la dignité du travail. Si le système économique place les bénéfices au-dessus de l'homme, si le bénéfice est économique, au-dessus de l'humanité ou au-dessus de l'homme il se crée une culture du rebut où l'être humain devient un bien de consommation que l'on peut jeter à tout moment. Au centre de tout système social ou économique doit se trouver la personne, image de Dieu, créée pour être le dénominateur de l'univers. Lorsque la personne est déplacée et qu'arrive l'unique recherche du profit, on renverse gravement les valeurs. C'est le cœur de la doctrine sociale de l’Église et c'est sur elle que nous devons nous appuyer pour faire évoluer les mentalités. Nous pouvons influer, même à notre modeste niveau, à cet effort de remettre l'homme au centre de toute activité humaine et donc de ne jamais accepter que sa dignité soit remise en cause. La Parole qui nous est adressée aujourd'hui met en lumière toutes ces questions de notre monde moderne. Tout cela est aussi lié à la nécessité de la défense de la terre et de la construction de la paix. Le message de l'Evangile s'adresse à tous. L'Evangile ne condamne pas les riches mais l'idolâtrie de la richesse qui rend sourd au cri du pauvre. Après avoir croisé le regard miséricordieux du Christ, Zachée a donné la moitié de ses biens aux pauvres. Il a compris à quoi pouvait servir sa richesse. Lorsque l’Église invite à vaincre la 'mondialisation de l'indifférence', elle demeure étrangère à tout intérêt politique et à toute idéologie : elle n'est mue que par les paroles du Christ et par le désir d'apporter sa pierre à la construction d'un monde où l'on veille les uns sur les autres, où l'on prend soin les uns des autres. Tout ce qui est vécu sur la terre peut avoir un poids d'éternité. 'Heureux les coeurs purs, ils seront appelés fils de Dieu'.             

 

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