Mercredi 1 juillet 2009
Si le seul fait de ne pas porter de foulard faisait de nous des femmes libres et celui de ne pas porter la Burqua nous assurait toute la dignité à laquelle nous sommes en droit de prétendre, notre pays serait alors vraiment le pays des droits de l'Homme avec un grand « H » au sein duquel les femmes auraient toute leur place. Malheureusement, un long chemin reste à parcourir pour éliminer les différences de traitement liées à une éducation misogyne transmise autant par l'éducation nationale que par la reproduction sociale familiale.

Dès notre plus jeune âge, les repères qui nous sont imposés par le biais des médias, de la publicité, de l'école et de la famille en général, sont dictés par une coutume ancestrale et des idées reçues sur le rôle de chaque sexe. Ainsi, une petite fille apprendra à être une bonne ménagère et une bonne séductrice, tandis qu'un petit garçon deviendra un homme en combattant les méchants et fera vrombir les bolides. Les manuels scolaires ne sont pas en reste pour rappeler et transmettre ce rôle sociétal défini depuis la nuit des temps : maman prépare le repas pendant que papa lit le journal...

Derrière une soi-disant parité, façade s'il en est d'une société qui essaie de soigner son image, la place des femmes reste secondaire.

Professionnellement, certes nous avons
acquis le droit d'être active
mais à quel prix ?

La femme doit avant tout répondre à des critères de beauté définis par notre société de consommation qui place l'apparence bien avant la qualité humaine et l'intellect. La femme, sous des aspects de libéralisation des mœurs et de reconnaissance est en fait devenu un objet auquel on applique des critères de rentabilité financière. Nous avons gagné le droit de paraître sur le petit écran en tenue d'Eve pour mieux mettre en valeur une paire de lunettes, ou passer pour des dégénérées en tenue légère attendant l'assaut de l'homme bien calé dans son canapé devant la télévision. Est-ce cela notre liberté ?

Professionnellement, certes nous avons acquis le droit d'être active, mais à quel prix ? Nos salaires sont inférieurs à ceux des hommes pour une même qualification. Certains postes sont réservés, de fait, au sexe fort. Nous devons faire le choix entre notre carrière professionnelle et notre famille. Les deux seraient donc incompatibles.

Sous le fallacieux prétexte de permettre aux femmes de mieux se réintégrer après un congé parental, notre président souhaite en raccourcir la durée au profit des emplois d'assistantes maternelles, d'accueil en crèches et autres emplois dérivés alors que, dans un même temps, il s'attaque à l'école maternelle qu'il juge dérisoire et inutile. Le rôle éducatif des enseignantes (majoritaires en maternelles) est alors annihilé au profit d'un rôle ingrat de « torcheuses de fesses ».

En repoussant l'âge d'entrée en maternelle, on enchaîne les femmes à leur rôle de mère au foyer et sournoisement, on leur ôte toute possibilité de se réaliser professionnellement. Compte tenu des difficultés économiques de plus en plus grandes des familles, quels choix s'offrent à elles pour faire garder leur enfant et permettre aux femmes de s'épanouir tant dans leur vie professionnelle que dans leur rôle de mère, de citoyenne, d'être humain à part entière.

Nous en sommes les premières victimes
parce que nous avons été façonnées
depuis notre plus tendre enfance
pour répondre à certaines obligations

Notre société a connu des avancées prodigieuses avec le doit de vote (1945), la contraception (1967), après un très long combat le droit à l'avortement porté devant le parlement par Simone VEIL (1975), la parité et autres mesures destinées à protéger la femme et lui assurer une participation à la citoyenneté. Mais de fait, les intégrismes ambiants (qu'ils soient catholiques, musulmans, juifs ou laïques) tendent à faire virer la situation. Le voile ou la Burqua ne sont que la face visible de l'iceberg. La réalité quotidienne est bien plus subreptice, ce sont d'abord ces termes synonymes du mot femme et qu'on vous lance à la figure à longueur de journée, ce sont les mesures politiques, économiques et sociales qui sans en avoir l'air, incitent de gré ou de force, les femmes à rester chez elles ou dans le meilleur des cas à travailler à temps partiel, ce sont tous les imprimés administratifs qui, pour un couple, considèrent que le responsable légal est forcément le père, etc.

Tout comme les mères musulmanes transmettent les coutumes à leurs enfants et notamment à leurs filles en annihilant leur liberté, nos mères et grand-mères nous ont transmis des stéréotypes, des coutumes certes différentes, mais qui limitent également notre espace liberté, qui influencent nos choix de vie. Nous sommes donc bien dans la reproduction sociale. Nous en sommes les premières victimes parce que nous avons été façonnées depuis notre plus tendre enfance pour répondre à certaines obligations, parce que le regard des autres peut parfois être un jugement sans appel, parce qu'il y a ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. Alors notre liberté est-elle réelle ?


Notre rôle de femme aujourd'hui, consiste à rompre cette état de fait en transmettant à nos enfants de vraies valeurs égalitaires, refuser le poids de la société qui formate notre progéniture, réagir chaque fois qu'une atteinte au respect de la gent féminine est portée gratuitement, prendre une place réelle et citoyenne.

Les femmes portent aussi et plus que jamais
l'utopie et l'espérance


Nous avons vécu, à VILLEMUR SUR TARN, l'émancipation de certaines femmes, leurs engagements politiques leur ont permis d'affirmer des choix, de partager des idées, d'avancer des propositions. Cette émancipation a été accueillie favorablement par une bonne partie de la population, preuve de la valeur et de l'authenticité de leur propos. Leur participation à la vie citoyenne s'est réalisée avec une grande générosité, une qualité d'écoute et de partage sans égal. Les femmes ont prouvé, y compris à travers une campagne électorale, qu'elles pouvaient porter, au même titre qu'un homme, les préoccupations de la population, construire un projet de société dans le respect mutuel, donner de leur temps et de leur courage pour défendre les intérêts de la communauté, elles portent aussi et plus que jamais l'utopie et l'espérance.

Nous ne pourrons être libres que si nous décidons d'être vraies !

Catherine TIZON

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